Dans la grande tradition des revues de Music-hall, dans le croisement des danses... Zoopsie Comedi s'affiche comme un kaléidoscope de couleurs !
En interview, Dominique Boivin, chorégraphe, nous annonce une véritable fête pour les yeux !
« Un jour, j'ai dit au public devant lequel j'intervenais, même si vous n'aimez pas la danse... courez voir ce spectacle... pour le festival de couleurs, pour découvrir ces fabuleux costumes créés par Christian Lacroix... 85 costumes insolites, extrêmement travaillés pour cette création, sophistiqués même, contrôlés par Philippe Binot, responsable pendant trente ans des ateliers de couture de l'Opéra de Paris... Un feu d'artifice vestimentaire... C'est très beau... »
[Philippe Binot a opéré une sélection de trois cents échantillons de tissus à partir de laquelle le couturier a fait son choix. «L'idée de faire tous les costumes au théâtre est formidable, commente-t-il. C'est beaucoup plus pratique de travailler à proximité des danseurs, qui répètent aussi dans le lieu. Les patrons, les essayages, tout se fait plus facilement et, compte tenu du nombre de
costumes, il vaut mieux être efficace.»]
« Personne ne songeait à remonter Zoopsie Comedi, jusqu'à ce que par hasard Christian Lacroix et Olivier Meyer, directeur du Théâtre de Suresnes aujourd'hui, se retrouvent, se souviennent et rêvent... A partir de là, l'enthousiasme et le travail ont fait le reste... La re-création de Zoopsie était l'occasion de faire vivre à nouveau ce spectacle unique des années 80... Un spectacle mariant danse, musique, arts plastiques... Le contexte est bien sûr très différent. En 1986, les compagnies Beau Geste et Lolita étaient bien jeunes... La danse contemporaine se prenait au sérieux... Et nous, nous étions des gens un peu prétentieux... Nous voulions faire un pied de nez à la danse... en même temps on s'acoquinait au Music-Hall... Nous étions très contents de nous prendre pour des meneurs de revue... »
« ZOOPSIE c'est un mot qu'on a inventé. On l'avait copié sur celui de zazou dont il se voulait l'équivalent. Être zoop,
cela signifiait être d'une modernité déjantée, aller à contre-courant, être de ceux à qui on ne la fait pas », dit Christian Lacroix
« Aujourd'hui la danse contemporaine a fait un chemin considérable... Dans un certain sens, on pourrait dire qu'elle n'a plus à prouver quoi que ce soit. A l'époque flirter avec le glamour, le music-hall, le divertissement c'était une forme de manifeste, une façon de faire exploser les frontières... Ces traits, ces dessins, ces danses étaient soutenues par un état d'esprit... par un désir réel de se poser des questions. Et ces interrogations restent d'actualité. Qu'est-ce que le divertissement ? Le spectacle grand public... Pourquoi, comment marier, se marier avec le monde de la revue ?... C'est un collectif d'une vingtaine d'artistes qui est à l'origine de cette création... Il y avaient les rebelles au divertissement, ceux qui adhéraient, ceux qui prônaient un rapport très frontal... ceux qui étaient plus modérés... c'était une grande discussion créative et chacun chorégraphiait un tableau...»
« En 1986, Zoopsie Comedi a été mon tout premier ballet... la première fois que des chorégraphes (belle époque des «Collectifs» !!! ) pensent à moi pour leurs costumes. Nous partageâmes l'exaltation d'un projet si gonflé, de monter un spectacle sans références sinon celles d'une génération et de son plaisir de danser, créer, vivre, générer son univers propre, aux lointaines lueurs du cabaret berlinois des années 20 ou des revues du mythique Molino de Barcelone... » Christian Lacroix
« Zoopsie Comedi reste un fabuleux voyage... un spectacle extravagant, absolument joyeux dans sa forme montrant encore notre jubilation à créer ensemble... Ce sont des marques du temps que nous donnons à voir mais c'est toujours un jeu, une farce, une féérie où l'on peut voyager... Grâce aux costumes nés d'un croisement entre la haute couture et la scène... Grâce aux nouveaux danseurs que nous avons auditionnés pour cette re-création. Ce sont des corps qui s'engagent pendant 1H1/4... Et tous les interprètes ont vraiment joué le jeu. Ils ont adhéré à ces danses, à ce parti pris dans un temps record. Pour la quinzaine de tableaux nous ne pouvions guère nous écarter du projet initial. Il était nécessaire de respecter le travail des différents auteurs de l'époque. Par contre nous avons réécrit presque entièrement le rôle du magicien et celui du majordome. Nous avons « puisé», auditionné dans le milieu des danseurs Hip Hop. Le Hip Hop sait bien associer le mouvement au théâtre. Il puise dans le mime, le cirque, dans le sens... Associer des hipopeurs c'était une façon de moderniser la danse à travers des corps plus spécifiques, plus marqués... c'était revisiter cette ambiance de révoltés que nous étions avec aujourd'hui l'aide précieuse d'une jeunesse percutante et audacieuse. »

Une revue drôle, sympathique et affolante, mi-surréaliste et mi-clownesque...
Une revue chorégraphique fantasque... au delà des modes, un goût marqué pour le cabaret, les revues canailles, les vieilles gloires...
« Zoopsie Comedi, c'est vraiment du bonheur, des rires, des clins d'oeil... un spectacle pour découvrir, pour redécouvrir un état d'esprit... Lorsqu'on voit un tableau, une peinture du passé, on ne se dit pas c'est démodé... On a cette capacité à poser de la distance, à poser un regard presque historique... Il est toujours intéressant de s'interroger sur les partis pris, sur ce qui a soutenu un projet... Nous étions très attachés à la façon dont on pouvait dire les choses... Les chorégraphies étaient soutenues par une certaine façon de penser le divertissement... Elles étaient presque « anecdotiques » mais l'ensemble correspondait à une prise de position... à une ouverture... qui a produit des déflagrations... On s'amusait de la nudité, on jouait à habiller le nu... Aujourd'hui, le nu est plus complexe, il raconte autre chose... Zoopsie Comedi est un divertissement tonique, coloré et décalé... On en a plein les yeux... sur des musiques originales créées spécialement pour la revue. A l’époque l’humour ne fonctionnait pas vraiment avec la danse. La danse nous sert de support fondamental, mais c’est pour qu’il y ait du jeu, de la fantaisie, de l’esprit... Nous donnions un coup de pied à la danse pour une oeuvre légère, pour donner au public un moment de plaisir partagé...»
Zoopsie Comedi
samedi 30 janvier à 20h30 au Théâtre de l'Olivier à Istres
Interview de Dominique Boivin réalisé par Martine Gouiran pour Scènes et Cinés- Janvier 2010-