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Epic : la bataille du royaume secretLe cinéma américain des années 30 et 40 a su construire une industrie au service de la production dont l'efficacité était largement reconnue. Ces « Majors »ont su investir beaucoup d'argent dans le travail des scénaristes, sachant qu'une bonne histoire, bien écrite, est le premier atout du succès. Mais cesystème, toujours vivant, a bien entendu pour limite de donner un pouvoir quasi illimité au producteur, celui-ci pouvant même décider de la fin d'un film(« final cut »), dans la seule intention d'en augmenter le potentiel commercial.Dès les années 50/60, un certain nombre de réalisateurs ont voulu se départir de ce système, défendant ainsi l'idée d'un réalisateur / auteur assumant seschoix artistiques. On peut citer Martin Scorsese, Brian de Palma, John Cassavetes, mais aussi John Huston parmi les précurseurs de ce courant.Ce souci d'indépendance correspond aussi à la nécessité de regarder différemment certains pans de l'histoire des Etats Unis qui se doivent de revenir deleurs illusions.La ruée vers l'or et le mythe de la fortune individuelle qui ont alimenté nombre de scénarios ne participent plus depuis longtemps au rêve américain. Dansles représentations cinématographiques, les grands espaces sont toujours là, mais l'esprit de conquête fait bien souvent place à une errance au coeur devastes territoires où il n'y a plus grand chose à gagner.La famille jadis unie pour affronter un monde nouveau, où la terre fertile et le travail apporteraient la prospérité, affronte aujourd'hui ses limites. Lesguerres ont entaché l'histoire, et les enfants, qui étaient partis pour être vainqueurs au combat, sont revenus parfois mutilés dans leur chair, souvent l'âmetourmentée. Le retour, après la guerre, distille dans le groupe familial les incertitudes et le doute.Que reste-t-il des utopies glorieuses?Les grands studios américains vivent aujourd'hui une crise dont la presse se fait l’écho. Les financiers qui ont autorité investissent beaucoup d'argent àcondition de diminuer les risques. Il s'en suit un manque d'audace et d'inspiration que le spectateur ressent, les scénarios soutenus par Hollywood visent àconstruire des blockbusters et sont le plus souvent l'adaptation de best-sellers, des remakes (y compris de films français) ou des suites (Mission impossible).Le cinéma américain indépendant est difficile à cerner d'une seule définition, mais les films proposés tout au long de ce Panorama témoigneront d'un espritde liberté nécessaire au renouvellement d'une production qui s'étiole.En se démarquant du formatage imposé par Hollywood, les indépendants tentent de retrouver un contact sincère avec le spectateur. Après avoir éténourris de l'espoir d'un rêve américain, ils se demandent avec nous comme le faisait Roger Coggio en 1980, si « c'est encore loin l'Amérique ? »
Nicole Joulia,Présidente de Scènes&cinés Ouest Provence