

Lise Akoka et Romane Guéret ont pour sujets de prédilection l’enfance et l’adolescence, qu’elles filmaient déjà avec beaucoup de justesse dans Les Pires. Elles s’attachent à capter ces frontières floues qui marquent les étapes de la vie, sans jamais alimenter les fantasmes trop souvent associés aux jeunes des quartiers – délinquance, échec, drogue… Ma frère rend hommage à celles et ceux que nous admirons pour leur vivacité, leur esprit, leur sensibilité et leur drôlerie.

Dans Ma frère, rien ne reflète mieux les errances de Shaï et Djeneba que la flottille de gamins qui papillonnent autour d’elles. Shaï et Djeneba ont 20 ans, quelques années après la websérie Tu préfères ?.
D’un côté, Djeneba tente désespérément de s’occuper de son demi-frère nouveau-né, face à une mère irresponsable partie sans prévenir. De l’autre, Shaï cherche à s’émanciper de sa famille très croyante et d’un frère envahissant. Pour gagner son autonomie, Shaï parvient à convaincre la directrice du centre de loisirs où travaille Djeneba de la laisser encadrer une colonie de vacances d’été en tant qu’animatrice. Ni une ni deux, les voilà parties dans la Drôme avec une vingtaine d’enfants, alors qu’elles-mêmes tentent, tant bien que mal, de naviguer vers l’âge adulte.

Fanta Kebé et Shirel Nataf, qui interprètent respectivement Djeneba et Shaï, ont grandi ensemble. Dans ce récit qui frôle parfois la biographie, tout sonne juste. Leurs joies, leurs disputes, leurs incompréhensions sont celles des amitiés qui empruntent des chemins propres, après s’être construites côte à côte. Elles sont épaulées par leur directrice, la juste et bienveillante Sabrina, incarnée par Amel Bent – impressionnante pour ses premiers pas au cinéma.


Porté par ces trois actrices, Ma frère défend bec et ongles l’importance de la sororité et de l’entraide féminine. C’est précisément là que le film accomplit une œuvre importante : en utilisant les codes de la comédie avec une grande sensibilité, les réalisatrices évitent les clichés habituels du récit initiatique. L’humour devient un outil de narration, un moyen de raconter la domination, les assignations sociales ou le poids de la famille, sans jamais enfermer les personnages dans un discours misérabiliste. Le rire les rend plus humains et crédibles. Ce film séduit aussi par sa vitalité linguistique et son casting d’enfants non formaté.
Lise Akoka et Romane Guéret confirment leur sensibilité et leur capacité unique à scruter la jeunesse dans Ma frère, une comédie sociale tendre, généreuse et lumineuse.

