

Depuis La Beauté du geste (2023), Shō Miyake s’impose comme l’un des jeunes cinéastes japonais les plus prometteurs, devenu un habitué des grands festivals internationaux, à commencer par celui de Berlin. Après La Beauté du geste et avant Un été en hiver (récent Léopard d’or à Locarno), Jusqu’à l’aube confirme brillamment ce talent en pleine ascension.

Ce film, immense succès au Japon (plus de 500 000 spectateurs, un score remarquable pour un film d’auteur), marque une nouvelle étape dans son cinéma : la simplicité sophistiquée de sa réalisation (plans fixes, maîtrise des jeux d’espace et d’ombre, atmosphère aérienne, direction d’acteurs d’une grande pudeur) se tourne ici résolument vers la lumière. Jusqu’à l’aube raconte la rencontre salvatrice entre deux êtres que leurs syndromes respectifs entravent au quotidien.
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Fujisawa et Yamazoe travaillent tous les deux chez Kurita Lab, une petite entreprise qui fabrique des microscopes et des longues-vues. Fujisawa souffre d’un syndrome prémenstruel sévère. Le taiseux Yamazoe, lui, est sujet à de violentes crises de panique. Tous deux ont quitté leur précédent emploi pour trouver refuge dans cette entreprise à taille humaine, où l’ambiance est bienveillante et la pression quasi inexistante. Ils s’investissent ensemble dans l’organisation d’un planétarium mobile que Kurita Lab installe chaque année dans la cour d’une école élémentaire.

C’est à travers ce projet qu’ils vont peu à peu s’apprivoiser et réapprendre, ensemble, à s’ouvrir à la vie malgré leurs fragilités. Dans ce microcosme scientifique à l’écart de la ville, les contraintes s’estompent et laissent la place à l’humain, avec ses vulnérabilités mais aussi la force des liens qui nous relient les uns aux autres.


Shō Miyake déjoue habilement les codes de la comédie romantique pour leur préférer une célébration de l’entraide et de la compassion. Il utilise avec finesse l’univers de l’astronomie pour envelopper son récit d’une atmosphère aérienne et illustrer la possibilité de porter un autre regard sur le monde. Shō Miyake sait filmer sans forcer, installer une douceur enveloppante, capter la nuit et tous ses possibles sous les étoiles.

Peu représentée à l’écran, la banlieue de Tokyo est ici magnifiée grâce à un tournage en pellicule 16 mm. Porté par la bande originale sensible de Hi’Spec Jusqu’à l’aube est une tendre et humble petite réussite.
Proposition assez inédite dans le cinéma japonais, ce film s’apparente à un cousin lointain des indés américains : il s’attache avec beaucoup de délicatesse aux laissés-pour-compte du système social nippon.
Un très beau moment de cinéma contemplatif et humain à ne pas manquer !

