Hamnet : vivons-nous une époque shakespearienne ?


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Après avoir réalisé en 2021 Les Éternels, le 26e long-métrage de la série Marvel, la plus américaine des réalisatrices chinoises Chloé Zhao s’intéresse à Shakespeare avec un film d’époque qui nous éclaire sur la genèse d’une œuvre emblématique de l’un des plus grands dramaturges de l’histoire.

Chloé Zhao nous emmène dans l’Angleterre rurale en 1580 pour Hamnet, l’histoire d’un homme érudit et d’une femme que l’on qualifie de « sorcière des bois ». C’est aussi l’occasion de revenir à Shakespeare : ce géant de la littérature dont on ne sait presque rien. Pas de journal intime, pas de correspondance, à peine quelques actes notariés. Et pourtant, quatre siècles après sa mort, son œuvre continue d’irriguer le monde entier.

Dans le film, on n’entend prononcer son prénom qu’au dernier tiers. D’elle, on sait seulement qu’elle s’appelle Agnes (Anne Hathaway dans la réalité historique). Un coup de foudre, une grossesse hors mariage, une union iconoclaste, puis une seconde grossesse qui donne naissance à des jumeaux : Judith et Hamnet (appelé John dans certaines sources, mais ici Hamnet).

Si la vie et l’œuvre de Shakespeare ont déjà largement nourri le cinéma (Othello, Roméo et Juliette, Hamlet, Shakespeare amoureux, Macbeth), un pan de son histoire restait encore dans l’ombre : la mort prématurée de son fils, à seulement 11 ans.

Ici, tout tourne autour des deux tourtereaux incarnés par deux interprètes charismatiques. Paul Mescal touche en plein cœur dans le rôle de ce Shakespeare à la fois ordinaire et d’une sensibilité bouleversante. Jessie Buckley déploie toute sa palette en femme sauvage, mère louve et épouse compréhensive.

L’animalité de leurs personnages, les gros plans sur les visages : tout cela compose de très beaux tableaux, souvent captivants.

Dans cette société patriarcale, Chloé Zhao choisit avant tout le point de vue féminin et célèbre la puissance du féminin. Une fois mariée, Agnes semble dépourvue de combat extérieur ; seule sa maternité compte à ses yeux. Mais un enfant s’est sacrifié, il erre dans les limbes

Les parents paraissent irréconciliables. C’est là que Shakespeare émerge vraiment : Hamnet change soudain de décor – direction Londres, le théâtre du Globe –, la musique de Max Richter gagne en ampleur, l’image se peuple de figurants et de visages inconnus. Hamnet devient Hamlet. Les destins hostiles, le flot de tourments, « être ou ne pas être », l’orgueil et l’ambition surgissent au bord de la Tamise avant de s’ordonner sur scène…

À partir du 4 février, Hamnet arrive en salles en VF et VOST.