GOUROU : Coach Matt nous prend dans ses filets


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Le réalisateur de Boîte noire passe aux cribles, les dérives du business du bonheur dans Gourou, un thriller grinçant en surrégime.

« Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : tel est le mantra de Mathieu Vasseur, star française du développement personnel à l’américaine et antihéros du film. Il entre sur scène avec Sirius du groupe The Alan Parsons Project tel Michael Jordan à la grande époque des Chicago Bulls. « On n’est pas à la messe », plaisante-t-il, mais ses séminaires deviennent de véritables instants de ferveur où ses fidèles entrent en transe.

« coach Matt », a tout pour être heureux : une compagne (Marion Barbeau), une équipe fidèle et énormément d’argent… Pierre Niney incarne ce coach charismatique qui perd peu à peu les pédales dans sa quête effrénée de gloire. Il ira même jusqu’à atterrir sur le plateau de Touche pas à mon poste aux côtés de Cyril Hanouna et de tous ses chroniqueurs.

Une sénatrice (Léonie Simaga) vient tout remettre en question en réclamant le vote d’une loi exigeant que les coachs en développement personnel soient diplômés pour pouvoir exercer. Elle ne manque pas de le répéter dans tous les « médias bien-pensants », car Mathieu déteste les journalistes – et surtout ceux de Complément d’enquête qui ont tenté d’infiltrer son séminaire.

Pourtant, il va défendre son business sur un plateau télé, répondre aux questions de Géraldine Maillet et Gilles Verdez… Et c’est face aux centaines de milliers de téléspectateurs qui le regardent que Mathieu Vasseur va livrer son secret le plus douloureux. Gourou évoque la manipulation à travers celui qui s’adresse à tout un chacun avec un « mes amis » et son influence démesurée sur les réseaux sociaux.

Le film brosse ainsi, à travers le personnage de Julien (Anthony Bajon), le profil type des « masses » influençables. Il a cette particularité d’aborder une thématique curieusement assez peu exploitée par le cinéma : l’ingénierie sociale en marche …:

Ici les méthodes et les mots employés par Coach Matt résonnent parce qu’ils s’inspirent de ce qui nous entoure au quotidien. Gourou est une fiction, mais toute ressemblance avec des faits réels ne serait pas fortuite.

L’ego, mais sans malveillance ? Le film ne juge ni la pratique ni ses adeptes. Il nous montre simplement le pouvoir absolu de la parole et de l’influence dans notre société contemporaine : pour un « gourou » bienveillant, combien de charlatans pour lesquels vous dépenseriez deux mois de salaire ?

Et lorsque Mathieu sent son empire fragilisé, le thriller reprend ses droits en restant au plus près de la fragilité mentale grandissante de son antihéros. À son image, on se met à interpréter les sons, les images, ne faisant plus la différence entre vérité et psychose… Des rebondissements plaisants font corps avec le récit et agissent comme un électrochoc. Le jeu magnétique de Pierre Niney réussit à créer autant l’attraction que la répulsion aidé par une mise en scène extrêmement nerveuse.

En quelques secondes, Gourou va remettre en question non seulement son histoire, mais aussi notre point de vue de spectateur. La formule « Ce que tu veux, c’est ce que tu es » prend un tout autre sens quand elle s’applique aussi à nous.