LOVE ON TRIAL 08 février – VO/ 18:50


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Présenté au dernier Festival de Cannes, LOVE ON TRIAL signe le grand retour de Kôji Fukada, qui nous avait dernièrement transcendé avec Love Life (2023).

LOVE ON TRIAL marque une rupture majeure dans son cinéma : pour la première fois, il se fait ouvertement politique et féministe et dévoile, avec précision la face cachée de l’industrie des idoles et les tourments d’un amour impossible.

Le 31 janvier 2013, la diffusion de la vidéo de Minami Minegishi, alors âgée de 20 ans et membre du groupe de AKB48, fait scandale. Elle y apparaît le crâne rasé, en pleurs, demandant pardon à ses fans et à son agence après qu’un journal à scandale eut révélé qu’elle avait passé la nuit chez un homme – une violation implicite des « règles de pureté » imposées aux idoles. Se raser la tête, geste traditionnel de pénitence au Pays du soleil levant – choque par ce qu’il met en lumière : la pression psychologique et sociale écrasante imposée à ces jeunes femmes. La passion se mue soudain en rejet, un fan allant jusqu’à l’agresser physiquement.

À travers la chute de son héroïne, le réalisateur Kôji Fukada nous confronte directement aux ressorts de cette prise de conscience judiciaire autant qu’à une histoire d’amour impossible. Mise à l’écart, c’est alors Mai qui est propulsée à sa place. Une aubaine ? Pas vraiment, car Mai est désenchantée. Elle qui rêvait enfant de pouvoir vivre de sa passion – le chant et la danse – peine à y trouver encore un sens dans le cycle infernal de l’exploitation du star-système. Elle est sur scène, mais toujours derrière un écran — fétichisée, déshumanisée, dissoute dans le spectacle.

C’est alors que Mai rencontre Kei, mime et magicien de rue. Il vit de presque rien, mais sans masque.

Son art fragile, poétique, lui offre la liberté que Mai a perdue. La révolte de Mai gronde au fur et à mesure que son amour pour Kei grandit. Huit mois plus tard, nous retrouvons les deux amants traqués en justice par le manager de Mai, pour avoir violé la clause de célibat de son contrat. Dans leur quête éperdue de justice, résolument romanesque, c’est tout un système pernicieux que Mai et Kei défie. Le réalisateur explore cette distance à travers un usage maîtrisé du champ contrechamp et de plans étouffants, où Mai semble littéralement prisonnière du cadre : enfermée dans des espaces aseptisés, sans issue.

LOVE ON TRIAL se départit de tout artifice pour sonder le vernis glamour autour de la célébrité. En observant l’amour devenir une clause de contrat, Kôji Fukada prolonge toute une histoire — celle d’un modèle né au Japon, perfectionné en Corée, exporté dans le monde entier — et la pousse à son point de rupture : celui où le lien émotionnel devient une prison, et où la sincérité redevient un acte de résistance.