Aucun autre choix : Ne passez pas à côté !


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Aucun autre choix s’inspire du roman Le Couperet de Donald Westlake, déjà adapté par Costa-Gavras en 2005. Un héritage pesant, que Park Chan-wook rêve d’honorer depuis plus de vingt ans – et qui explique sans doute le déroulé étonnamment linéaire du récit. Le film suit les mésaventures de Yoo Man-soo (Lee Byung-hun), un cadre de l’industrie du papier bien plus efficace que Michael Scott… jusqu’au jour où il perd son emploi du jour au lendemain.

Face à l’impossibilité de retrouver du travail, écrasé par une société impitoyable et une famille habituée à son cocon high-tech, il envisage des solutions radicales : éliminer purement et simplement sa concurrence sur le marché du travail…

Park Chan-wook a-t-il déjà réalisé un mauvais film ? (Oldboy, Mademoiselle, Decision to Leave… la liste est longue et sans faute.)

Ici, la linéarité relative de l’histoire – traversée d’hésitations, de bourdes et d’approximations – devient la conséquence logique d’un parcours réprimé par la loi… mais inévitable dans un système économique qui broie les individus. Tout est écrit d’avance pour qui accepte de jouer le jeu capitaliste.

À coups de mouvements de caméra précis, d’indiscrétions visuelles et d’éclats de violence maîtrisés, Park conte la fabrication d’un statu quo glaçant. Son héros est un authentique branquignol, auquel Lee Byung-hun prête un air ahuri et savoureux. C’est la première incursion franche du cinéaste dans la comédie depuis le mal-aimé Je suis un cyborg (2006) : la maladresse hilarante de ce personnage offre une échappatoire paradoxale, un moyen de faire mentir la formule managériale qui donne son titre au film.

Pourtant, Park nous réserve une destination finale absolument glaçante, très différente du roman et de l’adaptation de Costa-Gavras. En modernisant la conclusion originelle, il plonge le spectateur dans un silence définitif – stade terminal d’un capitalisme libéral qui a annihilé tout le faste et la sophistication que le cinéaste met en scène depuis vingt-cinq ans. Park a un don pour les fins intenses. Celle-ci est moins spectaculaire que celle d’Oldboy, mais sa terrible pertinence la rend presque aussi marquante.

À (re)découvrir ou découvrir du 4 au 10 mars – un uppercut satirique et virtuose signé Park Chan-wook, avec Lee Byung-hun au sommet de son art comico-tragique. Ne passez pas à côté !