

Après cinq années de travail acharné, Mélisa Godet signe, avec la coscénariste Catherine Paillé, un premier long-métrage inspiré de la véritable Maison des femmes de Saint-Denis. Elle y explore une vérité universelle : la violence ne connaît ni âge, ni classe sociale, ni culture.
Le film se concentre sur les conséquences de ces violences… et surtout sur les solutions.
La Maison des femmes d’utilité publique ! Un lieu où des professionnels accompagnent patiemment celles qui ont subi les violences des hommes. Loin de tout fatalisme, ce film entrelace des récits poignants avec des moments d’humour justes et bien dosés. Sans jamais verser dans le pathos, il rend visible un espace de réparation.

Car filmer la reconstruction sans raviver la brutalité est un exercice d’une grande complexité – que la réalisatrice relève avec finesse. Les violences faites aux femmes sont documentées, chiffrées, débattues à l’envi : les statistiques tombent comme des coups de massue. Mélisa Godet choisit pourtant une autre voie : montrer la douceur des mains tendues plutôt que la violence des coups. Le film ne se contente pas d’un catalogue de souffrances ; chaque histoire est incarnée, chaque personnage pleinement développé. Femmes excisées, victimes de viols, de violences intrafamiliales, issues de milieux sociaux et culturels très divers : toutes trouvent ici une place.


Chaque personnage incarne un visage de ce lieu unique. Avec son franc-parler et son tempérament de feu, Eye Haïdara porte la frustration de celles qui se heurtent au manque de soutien des pouvoirs publics. Pierre Deladonchamps incarne avec une justesse émouvante la douceur indispensable à l’accompagnement des femmes meurtries. Laëtitia Dosch donne corps à une institution qui a trop tiré sur la corde et s’épuise. Quant à Jean-Charles Clichet, il apporte une pointe d’humour salvateur en interprétant le collègue largué par la lourdeur administrative.

Dans cette Maison des femmes, chaque profil est traité avec respect et humanité. Le scénario accorde à chacune le temps de s’exprimer, de révéler sa force autant que ses blessures, et de reconstruire sa vie.

Cette mosaïque humaine fonctionne à merveille : chaque personnage suit son propre arc narratif, et le spectateur n’a jamais le sentiment qu’un rôle est laissé en plan. Karin Viard, Laëtitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps et Juliette Armanet, dans leurs interactions parfois tendues, parfois complices, restituent avec une grande justesse la complexité des relations humaines au sein de cet environnement si particulier.

Mélisa Godet filme avant tout l’amour concret : celui qu’on donne sans attendre de retour, qui soutient et murmure « je te crois » à celles que personne n’écoute. Un amour rare, qu’elle filme avec une délicatesse qui fait du bien dans un monde qui en manque cruellement.

