

Les réalisateurs Nicolas Charlet et Bruno Lavaine – à qui l’on doit l’émission culte Message à caractère informatif sur Canal+, ainsi que les films Le Grand Méchant Loup et À la recherche de l’ultra-sex – sont de retour avec Alter Ego.
Cette comédie explore avec malice les méandres de l’identité et de la comparaison sociale, portée par Laurent Lafitte dans un double rôle magistral. Il y incarne deux personnages opposés : Alex, un homme ordinaire et solitaire, et Axel, son nouveau voisin qui semble être sa version idéale.
Charismatique, accompli, séduisant… Axel incarne tout ce qu’Alex n’est pas, plongeant ce dernier dans une spirale de jalousie et de paranoïa. Commence alors le cauchemar d’un type exaspéré par ce voisin qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau… « mais avec des cheveux ».


Le bien est l’ennemi du mieux. L’affiche du film, résume parfaitement le propos : Alex (le chauve, donc) est un homme « bien » – gentil, médiocre sans excès, cadre dans une petite boîte au nom générique (la fameuse COGIP), coincé dans une petite ville pavillonnaire sans âme. Puis déboule Axel (le chevelu), sa version augmentée, « en mieux » sur tous les plans. Très vite, l’homme bien développe une méfiance puis une haine viscérale envers cet homme mieux.
Le scénario capte astucieusement des angoisses très contemporaines : la comparaison permanente (merci les réseaux sociaux) qui peut devenir destructrice.

Mais Alter Ego ne se contente pas d’être une comédie sociale. Le film flirte avec l’absurde, le vaudeville, et glisse même par moments vers une forme d’inquiétude diffuse. Cette hybridité se ressent dans la mise en scène : tourné en cinémascope avec des objectifs des années 1960, le film joue sur l’esthétique pour amplifier l’isolement et les émotions des personnages.

Blanche Gardin, en compagne d’Alex, apporte une dimension supplémentaire bienvenue. En voyant l’un (le chauve) enlisé dans sa petite vie de couple morne face à l’autre (le chevelu, beau et sportif), on pense irrésistiblement à l’univers de Fabcaro – l’auteur de Zai Zai Zai Zai que Nicolas & Bruno ont déjà adapté en fiction sonore.

La filiation est évidente. C’est aussi l’occasion de retrouver la mythique COGIP, cette entreprise qui ne fait rien de précis et dont les bureaux semblent figés dans les années 70. En 2026, vont-ils enfin enlever les cloisons et imposer l’open space aux employés malheureux ? Les petits détails font tout le sel du film : les manies des personnages, la moustache improbable de Zabou Breitman (parce que pourquoi pas ?), etc.

Alter Ego se déroule sur quelques jours seulement. Les premiers actes font monter la tension, et le dernier acte pète joyeusement un câble : twists sortis de nulle part, enchaînements délirants… jusqu’au dernier plan. Contempler la société ne suffisait pas, il fallait la faire dérailler complètement. Bref, Alter Ego est super drôle, vraiment très intéressant et porté par un Laurent Lafitte phénoménal.
Une comédie absurde et mordante qui mérite largement le détour au cinéma à voir du 18 au 24 mars!

