« Orwell : 2 + 2 = 5 » une revisite de 1984 au présent


Share

On ne présente plus Raoul Peck. À 72 ans, ce cinéaste haïtien né à Port-au-Prince s’est imposé comme l’une des voix les plus engagées et percutantes du documentaire contemporain. De Lumumba (2000) à Je ne suis pas ton nègre (2016), en passant par La mort d’un prophète (1991), il n’a cessé de confronter l’Histoire, le pouvoir et les injustices. Avec Orwell : 2 + 2 = 5, il signe un hommage puissant et visionnaire à George Orwell, tout en démontant avec une rigueur implacable l’horreur totalitaire qui hante notre monde. En 1949, George Orwell achève ce qui restera son dernier et plus important roman : 1984.

C’est dans les derniers mois de la vie de l’écrivain, rongé par la tuberculose sur l’île de Jura en Écosse, que Raoul Peck plonge pour explorer les racines des concepts qui ont marqué à jamais notre imaginaire : le double langage, le crime par la pensée, la novlangue ou encore l’ombre omniprésente de Big Brother.

À l’image, Peck déploie une impressionnante mosaïque d’archives venues des quatre coins du monde, du XXe siècle à nos jours. Films familiaux, journaux télévisés, publicités, documentaires amateurs, affiches et photographies de guerre se succèdent dans un montage virtuose.

Quand Orwell évoque la guerre, ce sont les ruines de Berlin en 1945 qui surgissent, immédiatement suivies de celles de l’Ukraine ou de Gaza aujourd’hui. Le parallèle est saisissant.

Pourquoi ce film maintenant ? Il est presque ironique de voir à quel point chacun cherche aujourd’hui à s’approprier Orwell. On le célèbre comme un prophète de l’apocalypse, on l’accuse d’avoir trahi les idéaux socialistes, on le diabolise comme colonisateur ou on l’instrumentalise au service de causes néo-conservatrices. D’autres en font un messie. Pourtant, son œuvre demeure singulière. Son nom est même un adjectif – Orwellien – pour désigner les mécanismes autoritaires et les dérives de notre époque.

Près d’un siècle après la parution de 1984, Raoul Peck ose confronter le mythe à la réalité. En reliant le processus de création du roman aux convulsions du monde actuel, il révèle avec une force terrifiante la pertinence intacte de la pensée d’Orwell. Son documentaire, éminemment politique, est à la fois saisissant et glaçant : un récit unique qui nous rappelle que la vérité reste révolutionnaire.