Pillion : Semaine Un autre Regard – Interdit aux -16 ans


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Parmi les découvertes marquantes de la dernière édition du Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard, Pillion fait partie de ces rares longs-métrages qui surprennent par leur audace et leur intelligence. Réalisé par le jeune talent britannique Harry Lighton, ce premier film a été auréolé de quatre récompenses aux British Independent Film Awards, dont celle du Meilleur film britannique indépendant.

Drôle, beau, émouvant et profondément intelligent, Pillion jongle avec maestria entre romance, drame, comédie et érotisme. Libre adaptation du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones, il se situe à mi-chemin entre Le Journal de Bridget Jones (2001) et Cinquante nuances de Grey (2015) : une comédie romantique BDSM qui réussit l’exploit de convaincre sur tous les tableaux. Au centre de l’histoire, deux hommes que tout oppose.

Colin (magnifiquement interprété par Harry Melling, enfin totalement émancipé de son rôle de Dudley dans Harry Potter) est un homosexuel timide et romantique, la trentaine, qui vit encore chez ses parents et peine à trouver l’âme sœur. Un soir, il rencontre Ray (incandescent Alexander Skarsgård), un séduisant motard dominant, membre d’un Club de motards gays. Immédiatement sous le charme de cet homme énigmatique et cuirassé, Colin se lance dans une relation bien loin des romances à l’eau de rose dont il rêvait…

De leurs jeux sexuels naît pourtant quelque chose qui ressemble à de l’amour. Harry Lighton choisit de suivre constamment le point de vue de Colin : son innocence contraste violemment avec les demandes de Ray, tandis que la façade froide de ce dernier se fissure peu à peu.

Derrière le dominateur distant se révèle un personnage profondément tragique, dont la vulnérabilité affleure dans un jeu tout en retenue et en regards. Original et profondément divertissant, Pillion redéfinit subtilement les dynamiques de pouvoir et les facettes de la masculinité. Il montre qu’on peut revendiquer sa virilité, être un biker respecté et craint, tout en assumant pleinement son homosexualité. Être queer ne signifie plus forcément être efféminé – même si certains le sont et l’assument avec fierté.

Un coup de cœur audacieux et irrésistible pour cette semaine Un Autre Regard (du 1er au 7 avril). À ne surtout pas manquer !