LA FILLE DU KONBINI Tableau d’un Japon prisonnier de la rigidité de ses codes & portrait d’une délicatesse infinie d’une jeune femme en retrait.


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À 24 ans, Nozomi a troqué son tailleur de commerciale contre l’uniforme modeste d’une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle croit avoir trouvé un fragile équilibre. Mais l’irruption d’une ancienne amie du lycée dans le konbini vient bouleverser sa routine et la contraindre à regarder en face ses choix de vie.

Plutôt que de traduire le titre original japonais (Asa ga kuru to munashiku naru, soit « Quand le matin arrive, je me sens vide »), le distributeur a préféré reprendre celui du roman dont est adapté le film (lauréat du prix Akutagawa en 2016). Ce n’est pas plus mal : l’expression « je me sens vide » aurait pu laisser penser à un personnage dépressif et sans désir…

Or, le vide qui habite Nozomi est aussi celui d’une forme de légèreté. Refuge dans la supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l’immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l’ambition, porté par la retenue naturaliste d’Erika Karata… Après avoir quitté son emploi, elle s’est volontairement condamnée à une vie simple, à un âge où ses anciennes camarades sont devenues soit des salariées ambitieuses au pouvoir d’achat confortable, soit des mères de famille, sans souci financier non plus !

Ouverts 24 h/24, 7 j/7 et 365 jours par an, les konbini sont des institutions familières pour tous les Japonais. On y trouve à la fois des produits alimentaires, des articles du quotidien, des plats chauds à consommer sur place, la possibilité de payer ses factures ou ses cigarettes. Y travailler n’est généralement pas une vocation, mais plutôt un refuge. Il règne souvent dans ces magasins une atmosphère particulière, presque celle d’une salle d’attente, où les employés font office à la fois de caissiers et d’agents d’accueil.

Nozomi incarne ainsi une troisième voie : celle d’une simplicité choisie.