

Avec sobriété et justesse, Vincent Garenq retrace les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, ce professeur d’histoire géographie décapité en 2020 après avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves.
Comme l’expliquait le réalisateur, « il y avait tout à dire parce que, quand on approfondit cette histoire, on se rend compte que les gens ont compris la tragédie, mais pas les mécanismes qui ont mené d’un mensonge intrafamilial à une tragédie nationale. »
Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel Paty, a étroitement collaboré avec lui pour garantir la plus grande fidélité du récit. Le titre L’Abandon fait écho à l’isolement vécu par Samuel Paty, mais aussi à celui de sa famille face aux institutions. Le film nous rappelle avec force que la liberté pédagogique est un trésor précieux – une liberté que Samuel Paty défendait corps et âme.
À travers un cours sur la liberté d’expression où il présente les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo, ce professeur déclenche, sans le savoir, une cabale alimentée par le mensonge d’une élève.

S’ensuit une campagne de haine en ligne qui révèle l’inertie des institutions académiques et policières, le désaveu de certains collègues et l’isolement croissant d’un homme accusé à tort de stigmatiser des élèves musulmans. À la lumière des enquêtes et des procès, Vincent Garenq reconstitue avec précision cet engrenage tragique. Un compte à rebours vertigineux s’enclenche, jusqu’à l’acte de barbarie que le réalisateur a la pudeur de laisser hors champ.

Adepte du film-dossier, Vincent Garenq poursuit avec L’Abandon une filmographie cohérente consacrée aux dysfonctionnements judiciaires et institutionnels (Présumé coupable, Au nom de ma fille, L’Enquête).
Il dissèque ici avec rigueur l’affabulation d’une élève, la délation de certains camarades, la cabale d’un parent d’élève, l’opportunisme d’un prédicateur islamiste, la lâcheté de quelques enseignants et le rôle délétère des réseaux sociaux, dans un dédale kafkaïen où les institutions se renvoient la responsabilité.

Antoine Reinartz se glisse avec une justesse bouleversante dans la peau de ce professeur discret et cérébral, aimé de ses élèves qui avait pour habitude de gratifier d’une blague consignée dans un carnet à la fin de chaque cours.
Porté par des valeurs républicaines chevillées au corps, il fait preuve d’un excès de bienveillance qui se retournera contre lui.

Traqué, en proie à des crises de panique, il finit par vivre comme un fantôme, sortant encapuchonné et dormant avec un marteau sous son oreiller. Emmanuelle Bercot, quant à elle, apporte toute son autorité et son humanité au rôle délicat de la proviseure, écartelée entre sa solidarité envers son professeur et sa responsabilité vis-à-vis de l’établissement. L’Abandon n’est pas un film à charge. Il ne cherche aucun bouc émissaire facile. Il montre simplement, avec une lucidité glaçante, comment une succession de petits renoncements et de lâchetés peut mener à l’irréparable.

