« The Christophers » : portrait féroce du monde de l’art


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L’un des réalisateurs les plus prolifiques d’Hollywood, Steven Soderbergh, revient avec THE CHRISTOPHERS. Sous le prétexte d’une histoire familiale, il nous offre un face-à-face brillant entre deux acteurs magnétiques : Sir Ian McKellen et Michaela Coel.

THE CHRISTOPHERS, c’est l’histoire d’une série de peintures inachevées dont les futurs héritiers comptent bien profiter. C’est aussi la rencontre entre deux artistes : l’un ayant connu la lumière, l’autre l’underground. Soderbergh, surtout connu du grand public pour la trilogie Ocean’s (Onze, Douze et Treize), explore ici les multiples facettes de la vie d’artiste.

Dès un mouvement panoramique simple mais efficace, la première « fausseté » du film se révèle. Alors qu’il présente sa protagoniste, Lori, en train de dessiner un château, Soderbergh la ramène aussitôt à sa réalité : celle de cuisinière dans un food truck. On ne retirera jamais au réalisateur son sens du minutage et du découpage précis, point de départ d’un film qui va ensuite vagabonder dans son propre labyrinthe !

La demeure labyrinthique  est celle de Julian Sklar, ancien génie du pop art devenu sa propre caricature cynique. Ses enfants opportunistes le détestent, mais embauchent Lori pour qu’elle feigne d’être son assistante. Ses talents de faussaire seront mis à profit pour achever en secret la troisième série des Christophers : des toiles représentant son ancien amant…l’ultime fournée inachevée. À la mort du peintre, elles vaudront une fortune.

En copiant le monde des autres, Lori construit le sien. Sa plongée dans la bâtisse vieillissante et quasi fantomatique de Sklar lui révèle la fausseté de son modèle : un antisystème qui a pourtant très bien servi l’industrie : au point de s’être compromis en Gordon Ramsay d’une émission de critique d’art…

Derrière le regard profondément cynique de Soderbergh sur le milieu artistique se cache une touchante confrontation entre génération.

L’alchimie de ce duo est indéniable, renforcée par l’immense talent de Ian McKellen dans un rôle qui lui va à ravir.

À travers une suite de joutes verbales qui évite l’odeur de naphtaline du huis clos bavard, le film choisit ses mots, les pèse et prône parfois un silence accusateur. La bougonnerie de Julian laisse alors poindre quelques vérités cruelles pour un face-à-face de haut vol.

Ce nouveau long-métrage de Steven Soderbergh, est tout entier construit sur la confrontation de deux personnages que tout oppose sur le papier et dont le rapprochement fait des étincelles. Dans ce film, Soderbergh met en scène la rencontre de deux artistes très dissemblables : un peintre blanc de plus de 80 ans, célèbre, et une jeune femme noire qui a cessé d’exposer. Leur collaboration va ranimer chez eux la flamme créative et initier une réflexion réjouissante sur le statut d’artiste. On prend un malin plaisir à se questionner sur la vacuité artistique, l’héritage qu’on y laisse, et le fait qu’une création n’existerait pas sans y laisser une part de soi.

Un très joli moment.

Au cinéma du 24 au 30 juin 2026.