

Le nouveau film d’Alain Raoust (L’Été indien) est un hommage poétique à la liberté des radios libres. Dans Un champ de fraises pour l’éternité, quatre femmes et quatre hommes issus de générations différentes cohabitent dans un camping promis à la fermeture. Ce ne sera pas la première épreuve pour ces êtres cabossés par la vie, dont le seul véritable lien est Radio Pomski, la petite station animée par Serge Pomalovski (Philippe Rebbot).
Avec ce film, Alain Raoust signe une comédie douce-amère sur les oubliés des territoires en déshérence.
Touchés par la précarité, ces personnages ont réussi à se créer un petit refuge qui leur permet de vivoter et de se sentir encore un peu appartenir au monde. Pourtant, même ce « trois fois rien » est menacé.

Même ce fragile équilibre va leur être retiré. Il y aurait de quoi sombrer dans le désespoir et couper la dernière ligne qui nous relie encore aux autres. Au contraire, Raoust nous montre que c’est précisément dans le rapport aux autres que l’on peut retrouver un peu d’espoir, d’allant, et parfois même l’énergie de se battre – fût-ce contre des moulins à vent.

Modeste et sans prétention, cette fable généreuse brosse le portrait d’une France morcelée, gangrenée par la crise. Dans ce climat délétère, Un champ de fraises pour l’éternité préserve avec humour et tendresse une bulle fragile d’entraide, de partage et de dignité.Porté par une troupe de comédiens au diapason et un univers singulièrement décalé, le film est une invitation à entrer tranquillement dans la langueur de l’été.
Il est surtout habité par la dignité de ses personnages attachants : Manu (Quentin Dolmaire), qui rêve de construire une maison au milieu de nulle part, peut-être avec Lana (Kim Higelin), qu’il vient de rencontrer ; Raymond (Grégory Montel), un « ripper » amoureux de Jocelyn (Florence Loiret-Caille), qui cache ses fêlures derrière un air revêche ; Karim (Oussama Khedam), qui va bientôt devenir papa grâce à Léa (Estelle Meyer) et Serge, dont l’amour perdu s’appelle Jeanne (Ariane Ascaride).



