
La Frappe – Une onde de choc
Son premier long métrage, La Frappe, a reçu deux prix au Festival du film francophone d’Angoulême : le Valois de la mise en scène et le Valois du meilleur acteur pour Diego Murgia. Comme sa pièce La Gueule ouverte (Théâtre national de la Commune à Aubervilliers, 2026), ce premier film se distingue par une grande dignité, tant dans sa forme que dans son fond, appuyée par une direction d’acteurs époustouflante.

Enzo et Carla sont frère et sœur, mais quelque chose les dévore et les sépare. Ce quelque chose vient de leur enfance, de leur père.
Or ce père, à la fois aimé et craint, sort de prison après cinq ans. Face à son retour et à l’éventualité de la reconstruction d’une famille, chacun va réagir de manière différente.
La tension est palpable et cela dès les premières images. Carla regarde son frère s’inventer une vie, se fondre dans la banalité, alors que quelque chose la ronge.

LA FRAPPE s’ouvre sur un travelling rapproché d’une peau. Qu’est-ce qui se cache sous cette peau ? la peau d’Enzo. Une peau dans laquelle, on l’apprendra progressivement, résident une souffrance et un manque d’amour abyssaux. Une peau traumatisée, sillonnée de mille cicatrices. Julien Gaspar-Oliveri filme les corps avant de filmer les mots, comme si le langage était devenu insuffisant pour exprimer ce qui ronge ses personnages. La caméra glisse sur les pores, les poils, les marques laissées par le temps et les violences. Le cinéaste s’inscrit ainsi dans un naturalisme radical où le corps devient le premier territoire du récit.

Il montre les ravages de l’inceste non comme un simple fait divers, mais comme une contamination intime des rapports humains. Son film s’intéresse moins à l’acte lui-même qu’à ses répercussions : la confusion des sentiments, la culpabilité, l’incapacité à nommer l’horreur. En déplaçant le sujet du crime vers ses conséquences, Julien Gaspar-Oliveri adopte une position éthique digne d’un vrai cinéaste.
C’est en cela que La Frappe est réellement admirable : le film évite constamment le spectaculaire. Le cinéaste ne cherche jamais à provoquer.
Le hors-champ devient alors le véritable lieu de la violence. L’ambition du sujet repose en grande partie sur le trio d’interprètes. Diego Murgia compose un Enzo perpétuellement en retrait du monde, comme enfermé dans un état de sidération permanente. Face à lui, Romane Fringeli incarne une Carla d’une grande force intérieure, à la fois protectrice et blessée, dont le refus clairvoyant contraste avec le déni de son frère. Quant à Bastien Bouillon, il compose un père dont la banalité devient peu à peu inquiétante.


Le film trouve alors sa force la plus troublante : montrer que les monstres peuvent se tapir dans ce qu’il y a de plus ordinaire, et invite le spectateur à recomposer le récit de ces enfants dans des corps trop grands.
Séances supplémentaires la semaine du 16 septembre

