

Un couple plan-plan invite ses voisins sexy à dîner. La température monte, mais rien ne se passe comme prévu. Neuvième remake d’un film espagnol oublié, L’Invitation est, de façon très surprenante, la comédie en huis clos de la rentrée. Le quotidien et les travers de la petite bourgeoisie ont longtemps été un sujet de prédilection du cinéma d’art et d’essai : des spectateurs privilégiés adoraient s’y reconnaître sur grand écran. L’Invitation est à la fois un vent de fraîcheur et le souvenir d’un temps révolu. Cette réalisation d’Olivia Wilde s’impose comme l’une des meilleures comédies dramatiques de l’année. Tout se déroule dans un appartement gigantesque et labyrinthique, où les personnages peuvent se perdre ou se retrouver enfermés grâce à un cadrage habile. La réalisatrice s’empare alors de l’un des sous-genres de l’âge d’or hollywoodien pour signer un film intemporel, qui semble sorti des années 70 pour parler d’aujourd’hui — notamment du couple et de la sexualité, un sujet qu’Olivia Wilde avait déjà abordé il y a quelques semaines, cette fois en tant qu’actrice, dans I Want Your Sex de Gregg Araki.

Le film s’ouvre sur une scène comique : Joe (Seth Rogen), un type sombre et mélancolique, est assis dans une salle de concert vide. Il se remémore le plaisir qu’il prenait autrefois à jouer du piano avec sa femme Angela (Olivia Wilde). Mais c’était avant. Pendant ce temps, son orchestre d’élèves attend ses commentaires à la fin d’un concert. « C’était super », dit-il enfin en sortant de sa rêverie, sans même feindre l’enthousiasme. Joe se dirige ensuite vers le fond de la salle et entame une lutte acharnée avec son vélo pliant. Lorsqu’il rentre à la maison, sa femme lui annonce qu’ils reçoivent les voisins du dessus à dîner…

Serait-il acceptable de profiter de cette interaction pour leur demander d’être un peu plus discrets durant leurs ébats ?
L’arrivée des voisins (Edward Norton et Pénélope Cruz) n’atténue en rien les tensions. Radicalement opposés à Joe et Angela, ils ne se disputent pas de la même manière, mais ils ne sont nullement dérangés par l’animosité ambiante. Ils y sont même légèrement attirés : « On adore les ambiances conflictuelles » !

Le film se déroule quasiment entièrement en temps réel, confiné à l’appartement de Joe et Angela. Les bribes d’informations contextuelles (Joe était musicien, il a une fille avec Angela, l’appartement appartenait à ses parents et il en a honte) sont suffisamment fugaces pour maintenir notre attention rivée sur les quatre seuls personnages…

Les échanges, rapides et bourrés de mesquinerie, s’accumulent : d’abord comiques et triviaux, avec beaucoup de rires à la clé, le récit se fait ensuite émouvant, lorsque chacun dévoile ses failles au gré des rapports de force qui évoluent. Car un démon rôde, tapi dans l’ombre. Non pas un démon au sens propre, mais un démon émotionnel, romantique et sexuel, bien installé. Lorsqu’il se manifeste, le tableau est loin d’être réjouissant.

Le film réussit parfaitement à montrer comment ces petites divergences, en apparence insignifiantes, s’accumulent jusqu’à former une montagne que ni l’un ni l’autre ne veut gravir. Et n’est-ce pas plus terrifiant que n’importe quel zombie, fantôme ou diable qui peuple nos films d’horreur préférés ?

