

Dans Garance, de Jeanne Herry (réalisatrice de Je verrai toujours vos visages), Adèle Exarchopoulos incarne une actrice aux prises avec l’alcoolisme. On la suit pendant huit ans, à travers ses différentes révolutions personnelles.
Sara Giraudeau partage l’affiche avec l’actrice aux deux César. Garance est un portrait sans complaisance d’une femme qui « gère »… jusqu’à ne plus gérer.

Cassant complètement les clichés sur l’addiction, le récit est rythmé et souvent très drôle. Garance ne correspond pas à l’image éculée de l’alcoolique : elle travaille, elle fait rire, elle vit. Pourtant, derrière cette énergie se cachent longtemps le déni et l’autodestruction. Garance est malade, et la voir dans tous ses états – de l’euphorie au désespoir, seule, en duo avec l’excellente Sara Giraudeau, ou en groupe – tient du bonheur constant. Plus elle prend de la bouteille, meilleure elle est, Adèle.
L’alcool est partout dans le film, mais exactement comme il peut l’être dans nos vies : un verre après le boulot, une soirée entre amis, une bouteille qu’on ouvre à table…
Quelque chose de tellement banal et socialement accepté qu’on ne voit pas forcément à quel moment cela bascule en dépendance. La chute n’est souvent ni linéaire ni totale : même avec deux litres de vin par jour, il reste ce moment où, Garance n’oublie pas de jouer avec sa nièce, ou d’avoir ce geste anodin qui consiste à lui appliquer de la crème solaire au bord d’une piscine.


Il reste surtout ce moment où elle peut encore vivre une histoire d’amour – avec Sara qui l’aime envers et contre tout, jusqu’à aller lui acheter, en plein confinement, des cubis de blanc qui la maintiendront à flot, fût-ce sur de mauvaises eaux.
Les dialogues sont justes et décapants, capables de désamorcer le pathos. Les problèmes de Garance – la troupe qui l’exclut, sa sœur qui a un cancer – n’expliquent pas son alcoolisme : c’est l’alcool lui-même qui est le problème.

Adèle Exarchopoulos parvient à tenir ensemble toutes ces contradictions : la joie, l’exubérance, la drôlerie et la fragilité, quelque chose qui se détruit petit à petit. On comprend qu’une personne en grande souffrance peut aussi être celle qui met l’ambiance et fait rire tout le monde.

