

La Reconquista : c est votre BENNY’S MOVIE et c est aussi un très joli film sur l’amour qui commence, se termine et renaît, au cœur même d’une capitale espagnole, d’une merveille absolue.
Il a suffi en 2019, D’Eva en aout conte d’été d’une jeune femme à l’affût des rencontres sous le cagnard de Madrid, pour que le réalisateur Jonás Trueba illumine le cinéma espagnol contemporain. S’il s’agissait du premier film de son auteur à sortir en France, quatre longs métrages le précédaient, restés inédit chez nous : Todas las Canciones Hablan de mí (2010), Los Ilusos (2013), Los Exiliados Románticos (2015) et la Reconquista (2016), lequel sort sur nos écrans par la selection de Benoit Muller pour notre rendez-vous : le BENNY’MOVIE du Mercredi 18 février à 18h40.

À Madrid, quinze ans après avoir vécu leur premier amour d’adolescents, Manuela (Itsaso Arana) et Olmo (Francesco Carril) se retrouvent, comme ils se l’étaient promis. Manuela remet à Olmo une lettre d’amour qu’il lui avait écrite lorsqu’ils étaient ensemble. La citation de Gonzalez Iglesias en exergue du film « je confie mon cœur au futur. Et j’attends simplement» pourrait sembler d’ailleurs être l’écho de cette prémisse romantique.

Pourtant La Reconquista n’est pas le film d’une reconquête amoureuse mais celui d’une reconquête de la mémoire. Un film à la recherche du temps perdu et retrouvé. Aussi, au lieu d’une progression chronologique linéaire et dramatique, Jonas Trueba propose une structure temporelle et narrative inédite. Ainsi il invite le spectateur à sentir la manière dont les souvenirs des personnages façonnent la perception de ce qu’ils sont en train de vivre dans le présent.

Manuela et Olmo se racontent et « recherchent» leur histoire le temps d’une soirée, autour d’un verre, c’est d’abord à travers les mots que refluent les souvenirs de leur jeunesse. Plus tard, au Travelling bar, ce sont les mots des chansons du père de Manuela – Rafael Berrio incarne le personnage et compose la musique – qui leur ouvrent une perception sur le passé. Un autre geste merveilleux du cinéaste est d’inscrire le récit dans l’éphémère : celui d’un moment passé dans un restaurant, sur un trottoir, dans un bar ou un cabaret. Le temps s’étire il pourrait s’agir dans cette balade de presque deux heures du récit d’un amour qui recommence. Jonás Trueba fait œuvre d’une grande prudence et de beaucoup de subtilité puisqu’il s’en tient à la description d’une soirée.

L’amour n’est pas éteint, mais le couple d’une nuit se contente d’évoquer un passé qui aurait été différent si leurs correspondances en avaient décidé autrement. Car les échanges épistolaires occupent une place très importante dans ce récit solaire, comme un appel à revisiter le passé et espérer un futur. Trois ans avant l’audacieux Eva en août Trueba explorait déjà ces zones d’ombre où circulent deux amoureux « toujours débutants », convaincus, malgré leurs hésitations, que « l’amour ne finit pas ».

