Le Mage du Kremlin : Tsar à demeure


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Le roman Le Mage du Kremlin avait déjà séduit les lecteurs en se frottant à une figure politique aussi importante que sulfureuse : Vadim Baranov, l’éminence grise à l’origine de l’ascension de Vladimir Poutine comme successeur de Boris Eltsine à la tête de la Russie post-soviétique. Mais Vadim Baranov… n’a jamais existé. Ce personnage énigmatique est une pure création composite, lointainement inspirée de Vladislav Sourkov, principal conseiller politique du Kremlin dans les années 2000.

Tout comme le roman de Giuliano da Empoli, dont il constitue une remarquable adaptation, le film d’Olivier Assayas suit pas à pas les tribulations de son héros dans les arcanes du pouvoir russe, de l’effondrement de l’URSS au début des années 1990 jusqu’à nos jours.

De la chute du mur de Berlin à l’explosion de Tchernobyl, de l’implosion de l’URSS aux guerres tchétchènes , des scrutins aux résultats délirants à la rencontre avec Limonov, de l’instrumentalisation des Loups de la nuit – aux malversations, complots et épurations : il y a une certaine ivresse à revivre, avec une précision chirurgicale, trente ans d’histoire russe.

Une histoire vue à travers les yeux d’un observateur privilégié, peu fréquentable mais étrangement attachant. Le Mage du Kremlin s’appuie sur des événements bien réels qui s’imbriquent naturellement dans la trame d’un thriller politique passionnant, étonnamment fluide.

Il met à jour la mécanique implacable qui a conduit à l’instauration du régime autoritaire du « Tsar » Poutine.

Le film possède une « véracité troublante ». Jude Law y compose un autocrate bureaucrate délicieusement glaçant, tout en moues méprisantes et silences terrifiants, tandis que Paul Dano et Alicia Vikander incarnent à merveille le désenchantement d’une société russe qui a presque cru à l’avènement d’une démocratie, avant de contribuer à précipiter sa chute.

Comme son mentor, Vadim Baranov croit tirer les ficelles d’un pantin politique pour conduire la Russie de la perestroïka à une économie de marché au service de la nomenklatura. Il découvre, sans même être effaré, que sa monstrueuse créature lui a échappé… La leçon vaut bien un faux mage, sans doute !