L’Engloutie, de Louise Hémon : alchimie alpine du désir féminin


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Dans les Hautes-Alpes enneigées, au tournant du XXe siècle, une jeune institutrice s’éveille avec délice à un univers organique et magnétique, là où deux flammes vacillent dans une nuit d’encre et de tempête. Louise Hémon, jeune réalisatrice venue du documentaire et du théâtre, aime avant tout raconter des histoires, plutôt une fable hivernale et sensorielle où une institutrice bouleverse un village alpin. Ici  la montagne y est un personnage à part entière.

Aimée Lazare (Galatea Bellugi), jeune institutrice de la IIIe République, arrive dans un hameau isolé des Hautes-Alpes, un monde presque sans femmes. Celles-ci sont parties travailler tout l’hiver dans la vallée comme domestiques. Restent les vieilles, les enfants, les vaches… et les hommes, jeunes et pleins de sève (Samuel Kircher, Matthieu Lucci). Eux chassent ; Aimée, elle, tente de faire l’école aux enfants. Elle leur enseigne l’alphabet, l’hygiène, la géographie.

Sur sa carte de France, l’Algérie colonisée fascine les montagnards. Les habitants se méfient de cette étrangère et de sa mission civilisatrice. Cela ne les empêche pas de l’inviter aux veillées. Le soir, au coin du feu, on raconte des histoires. Aimée, elle, s’apprête à éclairer de ses lumières ce hameau perché. Une narration proche du western se met doucement en marche : une communauté isolée face à une mystérieuse étrangère, un peu suffisante.

Pour restituer les conditions de vie dans ces Hautes-Alpes rugueuses du début du XXe siècle, Louise Hémon adopte un réalisme exigeant, notamment en matière de lumière. Chaque scène est éclairée naturellement – ou donne cette impression – grâce à l’hypersensibilité des caméras numériques, qui captent les reflets et les moindres détails de la mise en scène. Gros plans sur les respirations, les regards, le vent dans les cheveux : tout vous immerge dans une ambiance où pointe une menace sourde.

Inspirée par les récits familiaux, Louise Hémon pose un regard sensuel sur les courbes masculines, renversant les codes romantiques traditionnels.

Le désir naît là où on ne l’attend pas : entre des personnages emmitouflés, aux cœurs rougis par le froid et autre chose. Pourtant, le mystère s’épaissit au lever du jour. La belle Aimée n’a plus peur ; ce sont désormais les villageois qui la craignent. Dans ce huis clos enneigé, hanté par le désir, la superstition et les fantômes, se révèle une cinéaste empreinte de réalisme magique.

Actuellement en salles.