Les Rayons et les Ombres : magistral 


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Cette ambitieuse fresque historique sur la collaboration dans le Paris des années 1940 est le nouveau film de Xavier Giannoli.

Ils sont rares, les films qui continuent à vous accompagner et à vous questionner des jours après les avoir découverts. Ce long-métrage, inspiré d’une histoire vraie, suit le destin de Jean Luchaire (Jean Dujardin) et de sa fille Corinne Luchaire (Nastya Golubeva Carax), un père et sa fille entraînés dans l’engrenage de la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le film s’ouvre sur le plan d’un miroir taché dans une chambre spartiate. C’est dans ce même miroir qu’ apparaît ensuite le visage de Corinne : triste, livide et déjà malade. À la fin de ce périple aussi passionnant qu’éprouvant, cette image initiale du miroir sans reflet nous revient, chargée de tout son poids symbolique… Accompagnée d’une petite fille au manteau rouge, Corinne est insultée, frappée, on lui crache au visage. Elle va alors raconter son histoire et tenter d’expliquer comment une jeune star du cinéma des années 1930 en est arrivée là, à être ainsi détestée.

La vraie Corinne Luchaire publia d’ailleurs, en 1949 – l’année précédant sa mort –, une autobiographie intitulée Ma drôle de vie. Dans la lignée des Illusions perdues, le cinéaste s’essaie à nouveau à l’ample reconstitution historique. Il trouve dans la période de l’Occupation des personnages tiraillés, semblables à ceux qui nourrissent son cinéma depuis ses débuts.

Son tableau de la collaboration française se défait d’une approche strictement spectaculaire. Malgré un budget considérable, le film étonne par son intérêt pour des figures plutôt méconnues et assurément médiocres de l’appareil collaborationniste : pas de hauts fonctionnaires de Vichy ni de miliciens zélés.

Les Rayons et les Ombres s’installe plutôt dans les milieux de la presse parisienne, dont le réalisateur épingle la duplicité et le manque de vertu.

Xavier Giannoli travaille surtout à retranscrire l’esprit décadent et orgiaque des élites de ce Paris occupé, tout en raccordant son récit à une vision historique nuancée.

Jean Luchaire (J. Dujardin), voix pacifique et germanophile dans l’entre-deux-guerres, entretient de longue date une amitié avec le francophile Otto Abetz (August Diehl). Les deux militants pour la paix se muent en partisans de l’Occupation. L’ami allemand, aussi sympathique en journaliste fauché qu’en dignitaire nazi vêtu d’une gabardine, devient l’ambassadeur du Troisième Reich à Paris. Gagné par l’opportunisme, Jean Luchaire fonde Le Nouveau Temps et s’impose au sein de la haute société collaborationniste, où il entraîne sa fille Corinne, jeune comédienne naïve, à qui il transmet également le fléau de la tuberculose.

Un film à voir dès le 1er avril.