« Little trouble girls » quand la jeunesse cesse d’être un mythe pour redevenir ce qu’elle est : un mystère vécu.


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Lundi 2 mars – 18h30 – Dans le cadre des Lundis du Ciné ’Va

Premier long métrage de la réalisatrice slovène Urška Djukić, révélé à la Berlinale 2025 (section Perspectives), Little trouble girls est un thriller intime audacieux et une chronique adolescente d’une grande finesse. Pour répondre aux attentes de sa mère, Lucija (Jara Sofija Ostan), jeune fille timide et sensible de seize ans, intègre la chorale catholique de son lycée en Slovénie. Au fil de sa première année, elle navigue entre les exigences rigides de son environnement religieux et l’éveil timide de sa curiosité sexuelle. Lorsque Ana-Marija (Mina Švajger), camarade extravertie et charismatique, entre dans sa vie, une amitié intense se noue, qui met Lucija à rude épreuve.

Lors d’un week-end de répétitions dans un couvent des Sœurs Ursulines en rénovation, Ana-Marija remarque l’intérêt de Lucija pour une ouvrière aux yeux noirs (Saša Tabaković) et orchestre un plan imprudent. Celui-ci précipite l’éveil sexuel de Lucija et un sentiment de honte écrasant lié à ses pulsions naturelles. Entre tension, manipulation et répression des désirs, Lucija traverse un monde où l’innocence se perd. Le film se place au plus près de l’expérience sensorielle d’une adolescente introvertie, élevée dans une rigueur catholique puritaine à la violence sourde. Tandis qu’Ana-Marija joue avec provocation avec les interdits, Lucija oscille entre la grâce sibylline de la culture catholique qui l’enveloppe, la découverte des corps masculins et l’attraction trouble exercée par une amie manipulatrice. Lucija reste souvent en observatrice d’un univers où l’innocence fait d’elle une proie, et où les figures de protection peuvent basculer en prédateurs en un instant.

Si le récit initiatique de jeunes filles dans un contexte religieux peut sembler familier, la perspective unique d’Urška Djukić apporte ici une intimité vivante et une sensibilité rare. Cette exploration poétique de la sexualité féminine, de la répression religieuse et des dynamiques complexes de l’amitié adolescente fait de Little trouble girls un film saisissant, au cœur d’injonctions parfois contradictoires. Un beau moment de cinéma sensible et troublant à ne pas manquer lundi prochain !