MON PAPA À MOI EST UN GANGSTER : THE MASTERMIND


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Marié, deux enfants, un père juge et bienfaiteurs de la culture avec pour signe de cette notabilité locale, le badge qu’il porte au revers de sa veste comme chaque membre de la famille lors des visites au musée. Mieux installé que les personnages habituels de la réalisatrice Kelly Reichardt, James Blaine Mooney n’est pourtant pas un professeur ou un artiste respectable. C’est un voleur.

Avec ses airs de jeune intello très propre sur lui, James aime mettre son agilité au service de petits larcins : des objets, des œuvres d’art dérobés discrètement. Ses cibles ? Le musée du coin, peu fréquenté, aux gardiens souvent assoupis.

Amateur d’art sincère, il est aussi un père de famille aimant – on le devine à l’épanouissement de ses deux jeunes fils, qu’il emmène régulièrement au musée. James semble tout savoir faire… et son surnom de « Mastermind » lui va peut-être comme un gant.

Dans ce BENNY’S MOVIE du mercredi 18 mars à 18h45, Benoit Muller met en lumière le dernier bijou de la grande Kelly Reichardt.

Dans THE MASTERMIND, elle s’empare une fois de plus d’un genre typiquement américain – le film de braquage des années 70 – pour le débarrasser de ses clichés les plus éculés, où la masculinité triomphante est glorifiée à outrance.

En choisissant Josh O’Connor, avec son physique de doux intello, pour incarner ce rôle traditionnellement dévolu à des gaillards taiseux et virils, elle opère un décalage poétique et rafraîchissant ( mais c’est Benoit qui en parle le mieux !).

Car Kelly Reichardt ne guide jamais émotionnellement le spectateur. Elle observe, laisse advenir, fait confiance à l’intelligence sensible de chacun.

Dans cette optique, THE MASTERMIND ne raconte pas simplement un casse raté : il met en crise l’idéologie même du casse.

Le « mastermind » est une figure profondément capitaliste ; Reichardt en révèle la dimension mythologique, presque tragique.

Après le western revisité ou le thriller paranoïaque Kelly Reichardt continue, avec une constance impressionnante, de déconstruire les grands mythes du cinéma américain. Rendez-vous mercredi 18 mars à 18h45 pour ce Benny’s Movie événement ! Un film subtil, contemplatif et incisif, à ne pas manquer.