

Dans un paysage où les adaptations de jeux vidéo gagnent en qualité et où l’horreur populaire ose enfin nous émouvoir et nous prendre aux tripes, Retour à Silent Hill concentre tous les efforts pour capturer l’essence d’une saga si difficile à transposer à l’écran. Christophe Gans, le papa du Pacte des loups et du Crying Freeman, gros joueur lui-même, avait déjà réussi l’exploit en 2006 avec le premier Silent Hill : saisir l’atmosphère oppressante qui hantait les joueurs pendant des heures, respecter le matériau de base tout en affirmant une identité propre, notamment via une horreur visuelle puissante et organique.

Avec ce Retour à Silent Hill (adaptation très libre de Silent Hill 2), Gans propose une interprétation personnelle, contemplative, presque méditative. Le film prend son temps, cultive le silence, s’appuie longuement sur les bruits ambiants et la musique signée Akira Yamaoka pour tisser une ambiance suffocante. La ville elle-même, largement réalisée en CGI, arbore cette teinte cendrée et rouillée qui lui donne un cachet unique. Les effets numériques créent un décalage permanent avec la réalité, renforçant l’esthétique onirique et la perte totale de repères.

Certains décors – appartements délabrés, hôpital maudit, labyrinthe infernal – regorgent de plans magnifiques où le réalisateur joue avec les couleurs, les ombres et les textures. Même quand l’Autre Monde envahit tout, il y a ces étranges moments de contemplation salutaire où l’on se surprend à trouver la ville belle, dans sa laideur poisseuse. Et puisque James erre en silence, une douce mélancolie imprègne chaque image.

Il y a longtemps, James Sunderland a rencontré la charmante Mary. Follement amoureux, il s’installe avec elle à Silent Hill. Peu après la mort de sa bien-aimée, James sombre dans l’alcoolisme, obsédé par son amour perdu. Puis arrive cette lettre mystérieuse de Mary… James retourne à Silent Hill pour la retrouver. Mais la ville a bien changé : recouverte d’un épais brouillard et de cendres, vidée de ses habitants, elle semble habitée par les ténèbres. Des monstres surgissent des profondeurs.

Plongé dans un cauchemar, James doit affronter ses peurs les plus enfouies s’il veut revoir son amour. Au casting : Jeremy Irvine incarne James Sunderland, Hannah Emily Anderson joue Mary – et aussi Maria, Angela –, Robert Strange est Pyramid Head, et Evie Templeton prête ses traits à Laura.

Retour à Silent Hill ravive la flamme. Il recrée une ambiance sordide, poisseuse, malsaine, fidèle à l’esprit de la ville maudite. On retrouve ce malaise constant, cette oppression qui faisait déjà la force du premier film de Gans. La plus grande réussite ? On se sent vraiment à Silent Hill.

Le brouillard étouffant, les transformations brutales de la ville, la lente déambulation de James dans des lieux désolés… tout rappelle la structure d’un jeu vidéo : exploration, quête obsessionnelle, environnements qui mutent. James court, cherche Mary, traverse les strates de l’horreur. Une mécanique familière, parfois hypnotique, qui renforce l’immersion sensorielle.
Le film est animé par une passion sincère, truffé de références et d’easter eggs (clins d’œil à d’autres jeux Silent Hill ou à la saga en général) pour les fans hardcore. On en sort déboussolé, comme les personnages qu’elle enferme, avec cette sensation persistante que la culpabilité est un lieu dont on ne s’échappe jamais.

Un retour contemplatif, visuellement audacieux, qui ne plaira pas à tout le monde mais qui, pour les amoureux de l’atmosphère originelle, ravive bel et bien la flamme dans la brume.
À découvrir en salle, pour se perdre à nouveau volontairement.

