

Le film 15/18, du réalisateur français Cédric Kahn, a remporté le Bayard d’or du Festival international du film francophone de Namur. Ce long métrage raconte le quotidien d’une unité de soins pédopsychiatriques qui accueille des adolescents de 15 à 18 ans. L’équilibre déjà précaire de ce service en surchauffe est bousculé par la réadmission de Lucia, une jeune fille de 17 ans amenée par la police, et par l’arrivée d’Enzo, un nouveau patient au comportement mystérieux.
L’histoire de ces jeunes et d’autres en quête de reconstruction se mêle à celle d’un système hospitalier à bout de souffle.

Grâce à une approche naturaliste et très documentée, le cinéaste et sa coscénariste Kahina Le Querrec dépeignent une bande d’ados qui ont « grandi de travers », de jeunes proies marquées par de multiples traumatismes (violences familiales, pulsions suicidaires, anorexie, violences sexuelles, schizophrénie). C’est au sein de cet établissement, auprès d’un personnel formé, que l’on tente, par la patience, l’écoute et la bienveillance, de les délivrer de leur chaos intérieur par les mots, sans clichés.

Quand l’écoute et les relations humaines se révèlent une véritable force réparatrice, cette œuvre lumineuse et viscérale sur un sujet sensible émeut profondément. Elle rappelle que la souffrance psychique des jeunes devait être une grande cause nationale, et que l’abandon a pris le dessus… Le film réunit un ensemble varié de patients, mais un triangle amoureux occupe le centre du récit. Lucia (Malou Khebizi) est une enfant sauvage, provocante, au passé visiblement marqué par des abus, en guerre permanente avec sa mère et prise dans des relations d’exploitation que l’expression « travail du sexe » ne décrit qu’imparfaitement. Elle s’attache aussitôt à Enzo (Kenji Peyran), placé là après avoir poignardé une assistante sociale.
Celui-ci noue à son tour une relation intense, sans doute prédatrice et intéressée, avec Éloïse (Zoé Monpart), une survivante d’abus, discrète, plus facile à manipuler et bien plus fiable pour une tentative d’évasion…
Tout est corporel et intime dans ce nouveau film de Cédric Kahn. Il filme le corps de cette institution, qui cherche à soigner avec douceur et rigueur sans jamais tout à fait enfermer, comme celui de ces adolescents abîmés : un cinéma organique, sincère dans l’émotion.

Grâce à des interprétations brillantes, leurs parcours écorchés laissent entrevoir des portes vers la liberté, peut-être difficiles à franchir mais magnifiquement rêvées.


