

L’Affaire Marie-Claire retrace le procès de Bobigny de 1972, moment décisif dans le combat pour le droit à l’avortement en France. Co-réalisé par Yvo Muller et Lauriane Escaffre, le film suit Gisèle Halimi défendant Marie-Claire Chevalier, une adolescente de seize ans accusée d’avortement illégal après avoir été violée.
Ce procès audacieux marquera un tournant et contribuera, trois ans plus tard, à la dépénalisation de l’avortement. Le film aurait pu se contenter d’être un pur huis clos judiciaire. Les coréalisateurs ont choisi d’aller plus loin : par le biais de flashbacks progressivement intégrés, ils dressent le portrait d’une époque pas si lointaine…

La reconstitution reste sobre ; c’est le verbe qui compte. Charlotte Gainsbourg incarne une Gisèle Halimi juste, toute en tension intérieure, même si l’émotion demeure parfois en surface. C’est Cécile de France qui porte véritablement le cœur émotionnel du récit. Que ce soit dans son témoignage ou dans sa réaction au verdict, la comédienne belge est bouleversante !
« Mesdames, je crois en vous, ça va aller », répète Gisèle Halimi comme pour s’en convaincre elle-même. Charge virulente contre le patriarcat, l’avocate pouvait se le permettre grâce à son aura et à son courage.
Le film n’occulte pourtant ni ses doutes, ni son caractère de bulldozer, ni son goût pour la lumière.
La part de fiction concerne surtout son intimité : ses relations avec son mari et ses rapports difficiles avec sa mère.

« D’où vient cette rage ? » lui demande un journaliste. Assurément de son enfance. Née de parents juifs tunisiens qui auraient préféré un garçon et mirent trois semaines à annoncer sa naissance, la petite Gisèle comprend très tôt qu’à leurs yeux ses frères valent davantage qu’elle. Elle se rebelle contre cette injustice fondatrice. Ses relations idylliques avec son mari et conflictuelles avec sa mère complètent le portrait d’une véritable pasionaria de la cause des femmes.

Efficace, le film l’est absolument. Il y ajoute un beau brin d’émotion, pour les cœurs sensibles qui aiment les causes justes. L’Affaire Marie-Claire remplit parfaitement son rôle pédagogique sans trop s’éloigner d’une narration attendue, tout en se révélant passionnant de bout en bout.

Gisèle Halimi fait alors un pari fou, presque insensé : elle demande à ses clientes de ne pas plaider coupable.
Elle va faire ce qui n’avait jamais été tenté : accuser la loi elle-même, au risque de tout perdre.
En 1972, la société française commence à reconsidérer la place des femmes et leur droit à disposer de leur corps. Ce n’était qu’un début. Mais quelle déflagration.

