

LES FLEURS DU MANGUIER
Odyssée survivaliste à hauteur d’enfants
Akio Fujimoto – version originale sous-titrée
Prix spécial du Jury – Venise 2025
Disciple d’Hamaguchi et passionné de longue date par les questions de migration et d’identité, le Japonais Akio Fujimoto s’intéresse dans Les Fleurs du Manguier au sort des Rohingyas, qu’il filme à hauteur d’enfants.
Entre documentaire et fiction, le film est un véritable bijou. Porté par deux jeunes comédiens remarquables, ce troisième long métrage du réalisateur japonais est le premier à sortir en France.

Entre Bangladesh et Malaisie, Chafi (4 ans) et Somira (9 ans), deux enfants rohingyas réfugiés, se lancent dans un périple éprouvant dans l’espoir de rejoindre leur oncle et de trouver stabilité et sécurité. Les jours passent dans des conditions précaires, sur terre comme sur mer, de pays en pays en Asie du Sud.
D’abord accompagnés de leur père et de leur grand-tante, ils se retrouvent rapidement seuls.

On remarque d’abord leur grande vulnérabilité, puis l’incroyable inventivité et la débrouillardise dont ils font preuve face aux obstacles. Le rire de Chafi persiste malgré tout.
Le film capte l’essentiel : la capacité de survie. Si le parcours de migrants n’est pas un sujet inédit, Les Fleurs du Manguier installe rapidement un sentiment d’urgence. Les deux enfants, affairés à leurs jeux, sont soudain pressés de participer aux bagages : il faut emporter l’essentiel pour fuir.
Quelques dialogues nous apprennent qu’ils appartiennent à la communauté rohingya, un peuple musulman persécuté au Myanmar (ex-Birmanie), leur pays d’origine, et guère mieux traité au Bangladesh où ils sont réfugiés.

Le périple s’intensifie au fil des kilomètres. Akio Fujimoto décrit avec précision les conditions de voyage, s’attardant autant sur les violences subies que sur la capacité du plus petit à créer son propre espace de jeu en toutes circonstances. Tourné avec une caméra portée et dans des décors naturels, le film adopte une facture quasi documentaire. Sa grande sensibilité vient surtout du naturel désarmant des deux enfants, peu à peu isolés dans un système où chacun cherche à exploiter la misère de l’autre et où la langue elle-même devient un obstacle.

Refusant tout suspense artificiel, Les Fleurs du Manguier se concentre sur l’essentiel : cette force de survie, portée par la grande sœur ou parfois aidée par quelques rencontres bienveillantes. Mais le sort de chacun, comme la dose de chance nécessaire à chaque étape, ne sera pas forcément le même. Le rire du petit garçon, lui, persiste malgré tout.

