« L’Odyssée » : Homère en images, de l’Antique – pas du  toc !


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L’Odyssée de Christopher Nolan est bien plus qu’un blockbuster estival au budget pharaonique et à la distribution de luxe. C’est un grand film, à la fois épique et profondément tragique, ponctué de visions d’une puissance hallucinante. Heureux qui, comme Nolan, a fait un beau voyage et peut enfin présenter son Odyssée au monde.

Une adaptation d’Homère garantie sans kitsch. Les décors naturels sont splendides et le réalisateur réussit l’essentiel : le Cyclope, Circé, et même le cheval de Troie (pourtant mentionné en filigrane)…

Avec un copieux 2h52, le film explore des âges d’apparence magique pour raconter le périple légendaire d’Ulysse (Matt Damon) vers Ithaque. Là-bas, son épouse Pénélope (Anne Hathaway) et leur fils Télémaque (Tom Holland) désespèrent un peu plus chaque jour.

On retient souvent de L’Odyssée uniquement le voyage : les dix longues années d’errance, l’expédition contre les Cicones, l’escale chez les mangeurs de lotus, la grotte du Cyclope, les roches lancées par les Lestrygons, Circé transformant les compagnons en pourceaux, la descente aux Enfers, le chant des sirènes, le détroit de Messine, Charybde et Scylla, les tempêtes, les naufrages… et la captivité interminable chez Calypso.

Mais le retour d’Ulysse est plus long et plus douloureux que prévu. Pendant ce temps, à Ithaque, les prétendants se pressent au palais, persuadés que le roi ne reviendra jamais.

Pénélope refuse de se remarier, entretenant malgré elle un climat de plus en plus délétère autour d’elle et de son fils. Télémaque, convaincu que son père est vivant, est prêt à tout pour le retrouver. Sans roi, le royaume est une proie facile.

Comme à son habitude, Nolan ramène le fantastique à une dimension viscéralement humaine. Peu d’effets numériques tape-à-l’œil, beaucoup de décors réels, de figurants et de prises de vue naturelles. Le pari était risqué compte tenu de la nature de l’œuvre, mais il est largement tenu. Le Cyclope est impressionnant, les mers déchaînées sont sublimes, et la séquence avec Circé constitue probablement la plus belle prouesse visuelle et technique du film.

Nolan mélange avec maestria l’horreur, le fantastique et le drame historique. Le deuil, magnifiquement porté par une Anne Hathaway habitée, et la psychologie des personnages priment sur l’intervention divine (hormis la Loi de Zeus, omniprésente). Le réalisateur place son récit à hauteur d’homme. L’Odyssée y gagne en réalisme et en tragédie.

Nolan a réussi ce que peu osent : adapter avec brio une œuvre universellement connue, la réinventer selon sa propre vision, et transformer une figure légendaire en un personnage profondément humain, réaliste et émouvant. Un blockbuster antique réussi.