

Dès les premières images, le film plante le décor : Erika se tient au pied d’un immeuble et appelle Antoine, l’ex avec qui elle a eu sa fille Abigaëlle : un père qui n’a jamais cherché à la connaître.
La caméra épouse alors le regard de l’enfant, qui a nourri pendant des années une obsession pour son géniteur, fantasmant des retrouvailles tendres et chaleureuses.
À travers la quête d’Abi, Rudi Rosenberg raconte avec une sobriété rare les affres de la communication intrafamiliale. L’amour est bien présent, mais il s’exprime pudiquement, parfois même malicieusement — surtout quand il s’agit de son petit frère Yoni, né d’un autre père. Sauf qu’Abi, elle, réclame des mots. Des mots de son père, dont elle attend la lettre ou l’appel….

Porté par une Hafsia Herzi d’une justesse bouleversante, cette fresque familiale et intime conte avec une rare délicatesse la fragilisation d’un trio monoparental. Une réussite pure, qui évite tout misérabilisme. Nous sommes en 1995, à Sarcelles. Abigaëlle, 7 ans, écrit des lettres déchirantes à un père mais il ne répond jamais. Elle sonne à sa porte : il n’ouvre pas. Erika, sa mère, accepte et parfois même accompagne cette quête, sans pouvoir répondre à toutes ses questions.

Elle ne s’énerve jamais face à l’entêtement extrêmement touchant de sa fille, soutenue à l’école par sa meilleure amie… un peu moins par son jeune frère Yoni, petit clown né d’une seconde union. De ce simple postulat, Quelques mots d’amour touche juste et en plein cœur. Le réalisateur ancre intelligemment son récit dans une époque où les réseaux sociaux n’existent pas encore, renforçant la nécessité et le pouvoir de la communication directe.
La figure du père — ou du moins l’idéalisation de sa présence — plane comme un fantôme sur les interactions de cette famille qui a pourtant tout pour être heureuse : une mère autonome, des grands-parents présents… Mais le mal-être d’Abigaëlle finit par contaminer progressivement cet équilibre fragile. Au final, ces « quelques mots d’amour » sont transmis directement au spectateur, comme une ode discrète et lumineuse à ces familles aux fondations bien plus solides qu’il n’y paraît. Une réussite, tout simplement.


