ROMERÍA : Mémoire d’été


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Pour son troisième long-métrage, après Estiu 1993 (prix du meilleur premier film à la Berlinale) et Alcarràs (Ours d’or en 2022), la réalisatrice catalane Carla Simón s’est une nouvelle fois inspirée de son histoire personnelle, et notamment des carnets intimes de sa mère.

Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée doit renouer avec une partie de sa famille biologique. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle part sur la côte atlantique, en Galice. En arrivant à Vigo, elle convoque le passé. En ravivant le souvenir de ses parents disparus, elle va peu à peu découvrir les secrets, les non-dits et les hontes enfouies de cette famille qu’elle ne connaît pas.

Marina débarque donc à Vigo, au bord de l’Atlantique, avec un objectif concret : obtenir un certificat de paternité afin de pouvoir demander une bourse pour l’université. En parcourant les lieux que sa mère avait décrits dans ses lettres – la baie de Pontevedra, Vigo –, elle filme son voyage au caméscope, à la rencontre de la famille de son père dont elle n’a aucun souvenir. Elle fait progressivement la connaissance de ses deux oncles, de ses deux tantes et de ses nombreux cousins et cousines.

Chacun livre, à sa manière, des bribes d’un passé que d’autres auraient sans doute préféré oublier. Porté par la jeune Llúcia Garcia, tout simplement épatante dans le rôle de cette étudiante confrontée à une famille (très) nombreuse – comme il en existe souvent en Espagne –, le film offre à son héroïne l’occasion de poser les questions qui la hantent.

Chaque membre de la famille délivre alors des fragments d’information sur la mort du père et sur la vie de ses parents. Intelligemment construit et magnifiquement dialogué, Romería interroge avec finesse la capacité des générations à regarder en arrière et à reconnaître certaines erreurs du passé. La caméra de Carla Simón accompagne, observe et respire avec ses personnages. Il règne dans le film une mélancolie douce et contenue. Chaque plan semble porter la trace de quelque chose qui est déjà en train de disparaître…

Il y a dans Romería une simplicité et une beauté bouleversantes : le film n’essaie jamais de forcer l’émotion, il la laisse venir naturellement. La caméra, qu’elle soit celle de la réalisatrice ou celle de la protagoniste, devient elle-même un personnage. Elle glisse sur les visages, s’attarde sur les silences, capte les gestes minuscules. Pas besoin de grands rebondissements : tout passe par les regards, les absences, les petits gestes, les déplacements.

Structuré par les dates du séjour de Marina, chacune accompagnée d’une interrogation personnelle, le film adopte une nouvelle fois une caméra portée proche du documentaire (à l’exception d’un magnifique passage onirique). Avec une grande subtilité, Carla Simón traite brillamment de la filiation et des secrets de famille.

En ancrant les souvenirs des uns et des autres dans les années 80 – une période tout sauf anodine –, elle révèle avec justesse le fonctionnement complexe et parfois douloureux d’une famille.