

Avec son premier long métrage, Lila Pinell met en scène une jeune femme au tempérament de feu, incarnée par la formidable Eva Huault.
Dès les premières minutes, l’actrice embarque les spectateur·ices ! Derrière sa gouaille, ses colères et ses maladresses affleure une vulnérabilité qui empêche le personnage de se réduire à un énième archétype de cinéma social.
Entre un compagnon toxique tout juste sorti de prison, des difficultés financières chroniques, une famille dysfonctionnelle et la santé déclinante de sa grand-mère, dont elle hérite d’une bague : Shana avance à l’instinct.

Portée par une vitalité brute qui semble défier tous les déterminismes, SHANA possède une bande de copines en or et un talisman – une bague, elle aussi supposément en or – censé la protéger du mauvais œil. Ce bijou va lui être précieux au fil des mésaventures quotidiennes, alors qu’elle endure l’emprise d’un homme habitué aux allers-retours en prison. Cette emprise n’a rien de théâtral : elle est réelle, étouffante et complexe.
Parallèlement, Shana se bat pour affirmer son identité et se défaire de celle que sa mère ( l’excellente Noémie Lvovsky) lui a assignée.
Le film aborde l’emprise amoureuse, bien sûr, mais aussi les violences symboliques de classe, la transmission familiale, l’identité juive séfarade, l’héritage migratoire et les diktats qui pèsent sur les femmes dans cette comédie…


La relation entre Shana et sa mère constitue d’ailleurs l’un des piliers les plus puissants du récit. Derrière les reproches permanents, les comparaisons entre sœurs et les blessures jamais refermées se dessine un passif familial bien plus complexe qu’il n’y paraît : abandon, inversion des rôles et ressentiment mutuel continuent d’empoisonner leurs échanges.

Avec ses amies, ses cousines ou certaines figures féminines de sa famille, Shana cesse un instant de lutter contre le monde pour simplement exister. Le cœur du film bat dans une scène dépouillée : à l’extérieur d’une fête qu’elle fuit, Shana taxe une cigarette à une serveuse. En quelques phrases seulement, les deux femmes se confient. Ce moment révèle autant l’empathie profonde du personnage que celle du regard de Lila Pinell.

Contrairement à beaucoup de cinéastes qui s’intéressent à la jeunesse marginale, la réalisatrice ne cherche jamais à accabler son personnage ni son actrice. Elle les accompagne avec justesse, tendresse et lucidité pour une comédie réussie autour de ce personnage solaire & poissarde !

